Connaissez-vous le poême de Monsieur de Lamartine : l'isolement ?
C'est de ce poême qu'est tirée la célèbre citation "un seul être vous manque, et tout est dépeuplé"
Bien que je vous le livre dans son entièreté plus bas, c'est cette seule et même phrase qui hante mon esprit....
Je pense que cette citation parle d'elle-même à chaque personne à un moment ou un autre de sa vie, que ce soit lors du départ d'une enfant chérie, de la fin d'un amour, au décès d'un être cher..elle s'applique à toute situation malheureuse......
La vie est ainsi faite, ce n'est que dans une situation bien précise que certains détails ou certaines paroles prononcées sous le mal être ou la colère prennent une dimension qu'on avait pas prévue et que l'on regrette après.... Parfois aussi, les êtres s'aiment mais ne savent pas se le dire ou comment le dire au moment opportun...ce n'est que bien plus tard que l'on mesure l'étendue des dégâts et bien souvent on se dit qu'aucun moyen ne sera suffisant pour arranger les choses...
J'ai cette facheuse tendance quand rien ne va plus, à m'isoler au fond de moi, à m'isoler des autres et à faire en sorte de les isoler aussi....et quand alors ils ne sont plus là, à verser des larmes intérieures plutôt que de le dire....
L'isolement
Souvent sur la montagne, à l'ombre du vieux chêne,
Au coucher du soleil, tristement je m'assieds;
Je promène au hasard mes regards sur la plaine,
Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds.
Ici gronde le fleuve aux vagues écumantes,
Il serpente, et s'enfonce en un lointain obscur;
Là le lac immobile étend ses eaux dormantes
Où l'étoile du soir se lève dans l'azur.
Au sommet de ces monts couronnés de bois sombres,
Le crépuscule encor jette un dernier rayon,
Et le char vaporeux de la reine des ombres
Monte, et blanchit déjà les bords de l'horizon.
Cependant, s'élançant de la flèche gothique,
Un son religieux se répand dans les airs,
Le voyageur s'arrête, et la cloche rustique
Aux derniers bruits du jour mêle de saints concerts.
Mais à ces doux tableaux mon âme indifférente
N'éprouve devant eux ni charme, ni transports,
Je contemple la terre, ainsi qu'une ombre errante :
Le soleil des vivants n'échauffe plus les morts.
De colline en colline en vain portant ma vue,
Du sud à l'aquilon, de l'aurore au couchant,
Je parcours tous les points de l'immense étendue,
Et je dis : Nulle part le bonheur ne m'attend.
Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières,
Vains objets dont pour moi le charme est envolé;
Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,
Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé.
Que le tour du soleil ou commence ou s'achève,
D'un oeil indifférent je le suis dans son cours;
En un ciel sombre ou pur qu'il se couche ou se lève,
Qu'importe le soleil? je n'attends rien des jours.
Quand je pourrais le suivre en sa vaste carrière,
Mes yeux verraient partout le vide et les déserts;
Je ne désire rien de tout ce qu'il éclaire,
Je ne demande rien à l'immense univers.
Mais peut-être au-delà des bornes de sa sphère,
Lieux où le vrai soleil éclaire d'autres cieux,
Si je pouvais laisser ma dépouille à la terre,
Ce que j'ai tant rêvé paraîtrait à mes yeux?
Là, je m'enivrerais à la source où j'aspire,
Là, je retrouverais et l'espoir et l'amour,
Et ce bien idéal que toute âme désire,
Et qui n'a pas de nom au terrestre séjour!
Que ne puis-je, porté sur le char de l'aurore,
Vague objet de mes voeux, m'élancer jusqu'à toi,
Sur la terre d'exil pourquoi resté-je encore?
Il n'est rien de commun entre la terre et moi.
Quand la feuille des bois tombe dans la prairie,
Le vent du soir s'élève et l'arrache aux vallons;
Et moi, je suis semblable à la feuille flétrie :
Emportez-moi comme elle, orageux aquilons!
Alphonse de Lamartine
Je sais, je suis plutôt d'humeur morose, je vous prie de m'en excuser mais là un seul être me manque et mon monde est dépeuplé...
A demain
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